L′église Saint-Tugdual
(1711, 1746, 1747, 1750, 1782)

~ Le bourg ~


« A une époque reculée, cette église était le siège d′une chapellenie à la nomination des seigneurs de Munehorre connue sous le nom de chapellenie de Keranré. En 1711 et 1712, les habitants de la dîmerie de Trivis, au centre de laquelle se trouvait la chapelle de Pabu, firent des démarches très actives près de l′évêque de Tréguier pour obtenir son érection en église paroissiale ou tréviale, alléguant les difficultés qu′ils éprouvaient pour se rendre, surtout en hiver, aux offices de Ploumagoar. » 1.


Vue générale (2009)


          Placée sous le patronage de saint Tugdual, invoqué localement pour la guérison de l′épilepsie, l′église paroissiale de Pabu fut construite au cours de la 1ère moitié du XVIIIème siècle. La présence de deux millésimes sculptés sur le parement extérieur des murs (1711, 1750), conjuguée à l′analyse architecturale de l′édifice, plaident effectivement en faveur de cette datation. En dépit d′une lecture erronée du millésime figurant sur le mur-pignon ouest de l′église, on accordera toutefois crédit à René Couffon lorsqu′il signale que les autels furent amménagés au XVIIIème siècle, la chaire à prêcher en 1746 et les fonts baptismaux l′année suivante 2.

          L′histoire nous enseigne d′ailleurs que cette année 1747 fut déterminante pour l′évolution administrative de Pabu. Elément des plus emblématiques du patrimoine architectural de la commune, s′il en est, cette église fut en effet la principale chapelle de la dîmerie de Trivis qui reçut le 14 avril 1747 le titre d′église tréviale, prémice à l′émancipation de l′actuel territoire de Pabu vis-à-vis de Ploumagoar, sa paroisse-mère sous l′Ancien Régime. Rappelons qu′en 1711 et 1712, les habitants de cette dîmerie de Ploumagoar avaient déjà formulés auprès de l′évêque de Tréguier le voeux d′obtenir le statut de succursale En matière d′administration religieuse sous l′Ancien Régime, la succursale, terme dont l′étymologie provient du latin succurrere, secourir en français, était une entité géographique, généralement appelée trève en Bretagne, à laquelle la paroisse-mère avait délégué une partie de ses prérogatives (messe, état civil).. La présence d′une pierre d′angle ornée d′un mascaronOrnement représentant une figure humaire. et du millésime 1711 sur le bras sud du transept est probablement liée à cette requête.


Bras sud du transept, pierre d′angle millésimée (2009)


          Pour qui s′interroge toujours sur l′histoire de cette église, un regard attentif, même succinct, livre une information clé. Au-dessus d′une élégante niche à statuette, ce même mur-pignon présente en effet l′inscription commémorative suivante :


Mur-pignon ouest, inscription commémorative (2009)


PAR LE GENERALSous l′Ancien Régime, le général de paroisse ou conseil de fabrique désigne l′assemblée constituée par les membres d′une communauté catholique ayant en charge la gestion des finances affectées à la construction et l′entretien d′une église ou d′une chapelle. Ces individus étaient appelés les fabriciens. DE PABU EN 1782 Y. HUON CURE I : LEBEUF : F


Mur-pignon ouest, inscription commémorative (2009)


          A la lumière de cette inscription, le massif occidental de l′église Saint-Tugdual fut donc reconstruit en 1782 sous l′égide du conseil de fabrique de Pabu alors constitué, pour partie, du recteur Y. Huon et du trésorier I. Le Beuf.

          A proximité du cimetière dont elle est séparée par la route qui conduit vers Pommerit-Le-Vicomte, l′église paroissiale Saint-Tugdual a fait partie d′un programme de réaménagement ayant fortement modifié la physionomie du chef-lieu de la commune à l′aube du XXIème siècle. Deux bâtiments aux traits résolument contemporains, une mairie et un groupe scolaire, ont ainsi été construits, introduisant dans le paysage une forme de modernité architecturale, tant par les matériaux utilisés que par les formes et les volumes choisis par le maître-d′oeuvre. Si ces travaux ont eu une incidence manifeste sur l′emprise des aménagements antérieurs, l′église était auparavant située au centre d′un modeste placître. C′est d′ailleurs ce que suggère très nettement la lecture de l′extrait de plan cadastral de 1822 annexé en illustration.


L′église paroissiale de Pabu d′après le cadastre de 1822, section A (source : Archives départementales des Côtes-d′Armor)


          Construite principalement en moellons de granite, l′église Saint-Tugdual est un édifice au volume modeste conçu sur un plan en croix latine. Elle est, en effet, composée d′une nefPartie d′une église de plan allongé comprise entre le massif antérieur et le transept ou le choeur. La nef désigne le vaisseau central. à vaisseau unique, d′un transeptCorps tranversal formant une croix avec le corps longitudinal de l′église. et d′un choeurPartie de l′église réservée au clergé. flanqué de chaque côté d′une sacristieLa sacristie désigne le local où sont entreposés les vases sacrés, les objets lithurgiques, les vêtements sacerdotaux, etc. en appentis. A l′instar de l′extrémité des bras nord et sud du transept, le chevetLe chevet est l′extrémité extérieure d′une église placée du côté du maître-autel. Le chevet est généralement situé à l′est., situé normalement à l′est, présente deux pans coupésLe pan coupé est la partie d′un mur, peu développée en longueur, remplaçant en théorie l′angle à la jonction des deux murs.


Vue générale sud-ouest (2009)
Vue générale est (2009)


          Le mur-pignon ouest, épaulé de deux contrefortsOrgane d′épaulement et de raidissement en saillie angulaires, est ouvert d′une porte à arc segmentaire surmontée d′une niche à statuette agrémentée d′une console moulurée et d′un linteau délardé en segment. Il est vrai que ce type de couvrement était relativement répandu au XVIIIème siècle ainsi qu′au cours de la 1ère moitié du XIXème siècle.


Niche à statuette (2009)
Clocher, face antérieure (2009) Pignon ouest, rampant sud recevant l′escalier desservant le clocher (2009)


          Ce mur-pignon est couronné d′un clocher que l′on qualifiera volontiers de clocher trégorrois, au motif qu′il est constitué de trois baies. Comme sur de nombreux clochers construits au XVIIIème siècle dans la région, deux baies jumelées recevant chacune une cloche sont ici surmontées d′une baie accostée de volutesOrnement constitué par un enroulement en forme de spirale.. Ce clocher est en outre accessible depuis un escalier en maçonnerie aménagé sur le rampant sud du pignon ouest.


Porche sud, crossette gauche (2009) Porche sud, face antérieure (2009) Porche sud, crossette droite (2009)
La chapelle des fonts (2009)


          Greffé sur le mur sud de la nef, un porche à pignon ouvert d′une porte en plein-cintre contribue à enrichir la connaissance de l′édifice. Le pignon est en effet pourvu de rampants à crossettes galbées en talon dont la face antérieure reçoit une inscription sculptée en bas-relief. La crossette gauche, abimée, présente l′inscription incomplète YVES PRIGE.. FABR..., tandis que la crossette droite porte l′inscription LAN 1750. Ce porche qui accueille des bancs en pierre à l′intérieur fut donc tout simplement rapporté en 1750 à l′initiative du dénommé Yves Prigent, alors membre de la fabrique et gouverneur de la nouvelle église tréviale de Pabu. L′élévation nord de l′édifice reçoit en effet la chapelle des fontsLa chapelle des fonts désigne le lieu qui accueille les fonts baptismaux ou la cuve au-dessus de laquelle est administré le baptême. dont le volume et le développement en longueur sont identiques au porche sud. Placée justement au droit de celui-ci, cette chapelle des fonts est ouverte de trois oeil-de-boeuf ou oculi dont celui du pignon porte l′inscription YVES PRIGENT GOUVERNEUR.


Croix de placître, face antérieure (2009)


          Enfin, comme dans la majeure partie des cas, une croix de placître est associée à l′église Saint-Tugdual. Cette croix en granite, placée à proximité du pignon ouest, face au contrefort angulaire gauche, est constituée d′une base datée fort probablement du XVIIIème siècle et d′une croix rapportée. Cette base est formée d′un soubassement à quatre degrés et d′un socle galbé, tandis que la croix rapportée est composée d′un fût monolithe sommé d′une bague portant une croix terminale ornée d′un Christ en croix en fonte moulé. Un phylactère agrémenté du titulusUn titulus est une inscription apposée sur un support quelconque pendant l′Antiquité. Dans la religion chrétienne, le titulus concerne les initiales INRI, en référence au texte latin « Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum » (Jésus le Nazaréen, roi des Juifs) que Ponce Pilate aurait fait mettre sur la Croix. (INRI) est sculpté en bas-relief au-dessus du Christ en croix.


1.  JOLLIVET, Benjamin. Les Côtes-du-Nord, histoire et géographie de toutes les villes et communes du département. Guingamp : B. Jollivet, 1854, tome III, p. 122.

2.  COUFFON, René. Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier. Saint-Brieuc, Les Presses Bretonnes, 1939, p. 275. Concernant cette inscription, l′auteur nous livre la lecture suivante : PAR LE GENERAL DE PABU EN 1762, HONOURE LE BEUF F. Cette transcription a malheureusement été mentionnée à plusieurs reprises depuis, y compris sur le panneau apposé sur le contrefort angulaire antérieur droit. Qouiqu′il en soit, cette méprise a le mérite de démontrer que le regard constitue une source de connaissance à part entière.


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