« A une époque reculée, cette église était le siège
d′une chapellenie à la nomination des seigneurs de Munehorre connue sous le nom de
chapellenie de Keranré. En 1711 et 1712, les habitants de la dîmerie de Trivis, au centre de
laquelle se trouvait la chapelle de Pabu, firent des démarches très actives près
de l′évêque de Tréguier pour obtenir son érection en église
paroissiale ou tréviale, alléguant les difficultés qu′ils éprouvaient
pour se rendre, surtout en hiver, aux offices de Ploumagoar. » 1.
Placée sous le patronage de saint Tugdual, invoqué localement pour la guérison
de l′épilepsie, l′église paroissiale de Pabu fut construite au cours de la
1ère moitié du XVIIIème siècle. La présence
de deux millésimes sculptés sur le parement extérieur des murs (1711, 1750),
conjuguée à l′analyse architecturale de l′édifice, plaident effectivement
en faveur de cette datation. En dépit d′une lecture erronée du millésime
figurant sur le mur-pignon ouest de l′église, on accordera toutefois crédit à René
Couffon lorsqu′il signale que les autels furent amménagés au XVIIIème siècle,
la chaire à prêcher en 1746 et les fonts baptismaux l′année suivante 2.
L′histoire nous enseigne d′ailleurs que
cette année 1747 fut déterminante pour l′évolution administrative de Pabu.
Elément des plus emblématiques du patrimoine architectural de la commune,
s′il en est, cette église fut en effet la principale chapelle de la dîmerie de Trivis
qui reçut le 14 avril 1747 le titre d′église tréviale, prémice à
l′émancipation de l′actuel territoire de Pabu vis-à-vis de Ploumagoar, sa paroisse-mère
sous l′Ancien Régime. Rappelons qu′en 1711 et 1712, les habitants de cette dîmerie de Ploumagoar avaient déjà
formulés auprès de l′évêque de Tréguier le voeux d′obtenir le statut de succursale
En matière d′administration religieuse sous l′Ancien Régime, la succursale, terme dont l′étymologie
provient du latin succurrere, secourir en français, était une entité géographique, généralement
appelée trève en Bretagne, à laquelle la paroisse-mère avait délégué une
partie de ses prérogatives (messe, état civil).. La présence d′une pierre d′angle ornée
d′un mascaronOrnement représentant une figure humaire. et
du millésime 1711 sur le bras sud du transept est probablement liée à cette requête.
Pour qui s′interroge toujours sur l′histoire de cette église, un regard attentif,
même succinct, livre une information clé. Au-dessus d′une élégante
niche à statuette, ce même mur-pignon présente en effet l′inscription
commémorative suivante :
PAR LE GENERALSous l′Ancien Régime,
le général de paroisse ou conseil de fabrique désigne l′assemblée
constituée par les membres d′une communauté catholique ayant en charge la gestion des finances
affectées à la construction et l′entretien d′une église ou d′une chapelle.
Ces individus étaient appelés les fabriciens. DE PABU EN 1782 Y. HUON CURE I : LEBEUF : F
A la lumière de cette inscription, le massif occidental de l′église Saint-Tugdual
fut donc reconstruit en 1782 sous l′égide du conseil de fabrique de Pabu alors constitué,
pour partie, du recteur Y. Huon et du trésorier I. Le Beuf.
A proximité du cimetière dont elle est séparée par la route qui conduit vers Pommerit-Le-Vicomte, l′église paroissiale Saint-Tugdual a fait partie d′un programme de réaménagement ayant fortement modifié la physionomie du chef-lieu de la commune à l′aube du XXIème siècle. Deux bâtiments aux traits résolument contemporains, une mairie et un groupe scolaire, ont ainsi été construits, introduisant dans le paysage une forme de modernité architecturale, tant par les matériaux utilisés que par les formes et les volumes choisis par le maître-d′oeuvre. Si ces travaux ont eu une incidence manifeste sur l′emprise des aménagements antérieurs, l′église était auparavant située au centre d′un modeste placître. C′est d′ailleurs ce que suggère très nettement la lecture de l′extrait de plan cadastral de 1822 annexé en illustration.
Construite principalement en moellons de granite, l′église Saint-Tugdual est un édifice au volume modeste
conçu sur un plan en croix latine. Elle est, en effet, composée d′une nefPartie d′une
église de plan allongé comprise entre le massif antérieur et le transept ou le choeur. La nef désigne le
vaisseau central. à vaisseau unique, d′un transeptCorps
tranversal formant une croix avec le corps longitudinal de l′église. et d′un choeurPartie
de l′église réservée au clergé. flanqué de chaque côté d′une
sacristieLa sacristie désigne le local où sont entreposés
les vases sacrés, les objets lithurgiques, les vêtements sacerdotaux, etc. en appentis.
A l′instar de l′extrémité des bras nord et sud du transept, le chevetLe chevet est
l′extrémité extérieure d′une église placée du côté du maître-autel.
Le chevet est généralement situé à l′est., situé normalement à l′est,
présente deux pans coupésLe pan coupé est la partie d′un mur, peu
développée en longueur, remplaçant en théorie l′angle à la jonction des deux murs.
Le mur-pignon ouest, épaulé de deux contrefortsOrgane d′épaulement et de
raidissement en saillie angulaires, est ouvert d′une porte à arc segmentaire surmontée d′une niche
à statuette agrémentée d′une console moulurée et d′un linteau délardé en segment. Il est
vrai que ce type de couvrement était relativement répandu au XVIIIème siècle ainsi
qu′au cours de la 1ère moitié du XIXème siècle.
Ce mur-pignon est couronné d′un clocher que l′on qualifiera volontiers
de clocher trégorrois, au motif qu′il est constitué de trois baies. Comme sur
de nombreux clochers construits au XVIIIème siècle dans la région,
deux baies jumelées recevant chacune une cloche sont ici surmontées d′une baie
accostée de volutesOrnement constitué
par un enroulement en forme de spirale.. Ce clocher est en outre accessible depuis un escalier
en maçonnerie aménagé sur le rampant sud du pignon ouest.
Greffé sur le mur sud de la nef, un porche à pignon ouvert d′une porte en plein-cintre
contribue à enrichir la connaissance de l′édifice. Le pignon est en effet pourvu de
rampants à crossettes galbées en talon dont la face antérieure reçoit une
inscription sculptée en bas-relief. La crossette gauche, abimée, présente l′inscription
incomplète YVES PRIGE.. FABR..., tandis que la crossette droite porte l′inscription LAN 1750. Ce porche
qui accueille des bancs en pierre à l′intérieur fut donc tout simplement rapporté en 1750
à l′initiative du dénommé Yves Prigent, alors membre de la fabrique et gouverneur de la
nouvelle église tréviale de Pabu. L′élévation nord de l′édifice
reçoit en effet la chapelle des fontsLa chapelle des fonts
désigne le lieu qui accueille les fonts baptismaux ou la cuve au-dessus de laquelle est administré le baptême.
dont le volume et le développement en longueur sont identiques au porche sud. Placée justement au droit de celui-ci,
cette chapelle des fonts est ouverte de trois oeil-de-boeuf ou oculi dont celui du pignon porte l′inscription
YVES PRIGENT GOUVERNEUR.
Enfin, comme dans la majeure partie des cas, une croix de placître est associée à l′église
Saint-Tugdual. Cette croix en granite, placée à proximité du pignon ouest, face au contrefort angulaire
gauche, est constituée d′une base datée fort probablement du XVIIIème siècle
et d′une croix rapportée. Cette base est formée d′un soubassement à quatre degrés et
d′un socle galbé, tandis que la croix rapportée est composée d′un fût monolithe sommé
d′une bague portant une croix terminale ornée d′un Christ en croix en fonte moulé. Un phylactère
agrémenté du titulusUn titulus est une inscription apposée
sur un support quelconque pendant l′Antiquité. Dans la religion chrétienne, le titulus concerne les initiales INRI,
en référence au texte latin « Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum » (Jésus le Nazaréen, roi
des Juifs) que Ponce Pilate aurait fait mettre sur la Croix. (INRI) est sculpté en bas-relief au-dessus du Christ en croix.
1. JOLLIVET, Benjamin. Les Côtes-du-Nord, histoire et géographie de toutes les villes et communes du département. Guingamp : B. Jollivet, 1854, tome III, p. 122.
2. COUFFON, René. Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier. Saint-Brieuc, Les Presses Bretonnes, 1939, p. 275. Concernant cette inscription, l′auteur nous livre la lecture suivante : PAR LE GENERAL DE PABU EN 1762, HONOURE LE BEUF F. Cette transcription a malheureusement été mentionnée à plusieurs reprises depuis, y compris sur le panneau apposé sur le contrefort angulaire antérieur droit. Qouiqu′il en soit, cette méprise a le mérite de démontrer que le regard constitue une source de connaissance à part entière.